WEBINAIRE #LEPLUSIMPORTANT

La crise sanitaire et la nécessité de la relance laissant craindre une priorisation des impératifs économiques au détriment des enjeux écologiques et sociaux, le think tank #Leplusimportant a lancé une série de 8 webinaires pour questionner cette opposition historique et identifier des solutions concrètes pour répondre à tous les enjeux sociétaux simultanément. Sylvie Scalabre, directrice générale de Lemon Aide, a ainsi été invitée à prendre la parole cet été sur le thème : “Accélérer l’économie circulaire inclusive à l’heure de la crise : que peuvent les acteurs privés ?”. A ses côtés pour engager la discussion, Marlène Fargues, directrice conseil et investissement de France Active et Elodie Jupin, directrice économie circulaire de Tarkett ont également partagé leur regard sur cette question.

Le replay est disponible sur Spotify et Youtube. Toute la série de webinaires est également accessible sur le site #Leplusimportant :

 

#1 – Accélérer l’économie circulaire inclusive à l’heure de la crise : que peuvent les pouvoirs publics ?

#2 – Accélérer l’économie circulaire inclusive à l’heure de la crise : que peuvent les acteurs privés ?

#3 – Quel avenir pour les opérateurs ESS de la transition écologique à l’heure de la crise ?

#4 – Accélérer la transition écologique inclusive, réponse aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux de la crise ?

#5 – Green Deal : renforcer le volet social et inclusif à l’heure du Covid ?

#6 – La souveraineté alimentaire dans les territoires fragilisés respectueuse de la biodiversité est-elle possible ?

#7 – La transition écologique, vivier d’emploi à développer pour les territoires et les publics fragilisés à l’heure de la crise ?

#8 – Transition écologique inclusive à l’ère du Covid : quel bilan, quelles perspectives ?

Comment avez-vous vécu la crise récente et comment selon vous les structures économiques inclusives peuvent-elles aider à concilier les enjeux de reprise économique avec les enjeux environnementaux dans les mois qui arrivent?

Sylvie Scalabre : Lemon Aide s’est fait surprendre, comme beaucoup, par le confinement et ça a été très difficile au moment où tout fermait. On a compris qu’on allait enregistrer une baisse du CA, et on a dû fermer Marseille. Notre activité de Pantin était réduite à 10%. Face à ce défi, notre vraie priorité était notre programme d’insertion de 8 mois, la sauvegarde des emplois et le suivi continu des salariés. Nous avons été rassurés par le dispositif du chômage partiel, qui nous a permis de maintenir et prolonger les contrats

 Le support financier des banques nous a permis d’effectuer un décalage de parties de trésorerie. On a aussi eu un gros challenge sur l’offre. Les masques se retrouvaient dans les bacs à papier, il fallait trouver comment réagir et adapter l’offre : nouvelles consignes pour les clients, nouveau type de matériel (poubelles à pédales). Pour la sphère des entreprises d’insertion, la crise a su montrer la capacité d’innovation, de rebond, de changement de modèle. Le Projet résilience par exemple, rassemble des entreprises de l’ESS et a permis la confection de masques en tissu dès le début du confinement.

 

Élodie Jupin : Le vécu de la crise a été traumatisant. Tarkett est un groupe de dimension mondiale, qui s’est retrouvé face à une fermeture de certains territoires du jour au lendemain. On a mis en place un télétravail massif pour les cols blancs. Or cela a nécessité un aménagement chez eux, donc un accompagnement très fort par les RH. Il y a eu dans l’ensemble une baisse d’activité dans le monde du bâtiment. Maintenant il faut concilier reprise avec le principe d’économie circulaire, et il y a eu une compréhension du besoin d’une économie plus inclusive, plus respectueuse des ressources, du climat et de la biodiversité. Chez Tarkett nous prenons souvent des engagements assez forts : récemment nous avons signé l’Alliance européenne pour une relance verte (texte promouvant des solutions et stratégies post pandémiques plus respectueuses de l’environnement).

 

Mylène Fargues : France active investissement effectue déjà l’accompagnement de 1600 entreprises de l’ESS. Notre souci pendant le confinement a été de trouver comment les accompagner et recontacter : nous avons appelé chacune d’entre elles. Il fallait réfléchir à l’après et la relance. La bonne surprise de cette crise c’est que les structures de l’ESS se portent plutôt bien, sont plutôt résilientes même si cela dépend de leur secteur. On a eu beaucoup d’agilité et d’adaptabilité inhérentes aux modèles qui sont souvent hybrides et s’adaptent d’habitude aux variations des politiques publiques et aux profils variés des salariés. La clé de la relance et le marqueur du secteur, c’est la capacité à fédérer autour de projets de tous bords réunissant associations, entreprises sociales…


Quel rôle le secteur privé peut-il jouer pour accélérer le développement de l’économie circulaire inclusive?

S.S. : Un rôle majeur. Lemon Aide connaît une croissance de + 50% tous les ans, or nos clients sont quasi exclusivement issus du secteur privé. De nombreux domaines du secteur de l’IAE (Insertion par l’Activité Économique) ont pour but d’acheter inclusif, de remplir une mission sociale. Un autre mode, c’est d’accompagner les salariés éloignés de l’emploi. À la sortie de notre programme, ils sont motivés, prêts pour certains métiers, et peuvent obtenir un emploi durable dans le secteur privé. Il faut encourager à recruter inclusif. Le secteur privé le fait par des projets internes. Danone s’est associé à une

structure de l’ESS pour une Joint Venture Sociale qui a donné naissance à Lemon Aide, mais ce n’est qu’un exemple, il y a énormément de possibilités. Un exemple en externe, le Campus de l’inclusion dans le cadre du Pacte d’ambition pour l’IAE a vocation d’informer sur l’inclusion en entreprise, et est à destination de dirigeants d’entreprises.


L’inclusion permet donc d’externaliser la compétence?

 

S.S. : Oui, des entreprises font de l’accompagnement en interne mais cela demande du temps. Chez Lemon Aide, nous avons un chargé d’insertion professionnelle dont c’est le métier d’accompagner les salariés, et cela a un réel effet.

Il faut encourager à acheter inclusif, mais quelles sont vos barrières?

M.F. : Le public donne un cadre et des incitations, mais ceux qui font et ceux qui permettent de faire émerger des projets et des nouvelles idées, c’est le secteur privé, et les structures mixtes de l’IAE. L’important c’est l’entrepreneuriat, parce que c’est en montrant que certains projets vont être viables que va émerger un marché.

 

E.J. : Le rôle des acteurs privés est sociétal. Certaines de nos filiales mettent en place des initiatives locales pour mettre en place des solutions d’économie circulaire ou de solidarité (nous avons par exemple effectué le revêtement de sol dans des hôpitaux pour enfants). Il est nécessaire de réaliser que le secteur privé est inclus et pas exclu de la transition vers l’économie circulaire. Les grands groupes étaient pointés du doigts mais aujourd’hui on a une prise de conscience de ce rôle à jouer, qu’on est une aide à la transition.

Comment convaincre les entreprises fragilisées par la crise de ne pas se replier sur elles-mêmes?

E.J: On ne peut pas faire les choses tout seul, on a toujours besoin de partenaires pour effectuer la transition vers l’économie circulaire. Il faut amener un autre type de parties prenantes pas encore intégrées à l’économie circulaire.

M.F. : Ceux qui se referment sur eux mêmes sont les grands perdants de cette crise. Il y a un réel besoin d’avoir une vision stratégique et de miser sur le bon cheval pour s’en sortir. j’espère que dans 10 ans on regardera en arrière et on se dira que celles qui s’en sont sorti le mieux sont les entreprises qui auront effectué ce virage vers l’économie circulaire inclusive.

 

S.S. : Avant de transformer entièrement son modèle d’entreprise, on peut faire des petits gestes. Par exemple pendant la crise on a des gestes sanitaires qui ont contredit la question environnementale. La question des masques en entreprise : n’achète-t-on que des masques à usage unique qui viennent du bout du monde,alors qu’on a des alternatives de masques lavables? Selon un article, si les Français utilisaient chacun 3 masques par jour, on génèrerait un besoin de plastique jetable de 300 000 tonnes, c’est-à-dire autant que pour les bouteilles plastique.

Quelles sont les limites administratives à la transition? De quoi estimez-vous avoir besoin et de la part de qui?

E.J. : On est dans un législation qui se veut parfois vertueuse et qui n’est pas toujours aidante. Certaines chutes de revêtement de sol sont considérées comme des déchets alors que pour nous c’est encore un produit. les transformations font peur car elles sont engageantes financièrement. On a besoin d’être rassuré. Chez Tarkett on ne demande pas aux initiatives de l’économie circulaire mises en place un retour sur investissement, même s’il faut toujours rendre des comptes à quelqu’un au bout. Cela plaide en faveur des partenariats justement.

M.F. : Les réponses doivent venir du public : aide, subvention sur R&D. c’est notamment ce que nous faisons via notre fonds d’amorçage. Quand on crée une entreprise innovante, il y a toujours une période du désert, durant laquelle on a besoin de fonds propres et d’initiatives. France active investissement veut combler ce vide. Cela nécessite de changer la façon dont on raisonne en tant qu’investisseur. Le rôle qu’on a à jouer est important, on est dans un modèle où on valorise un impact social et environnemental. Le travers c’est de vouloir la rentabilité à tout prix. Il faut penser la finance différemment.

S.S. : Les partenariats ont d’autres intérêts que la finance. Notre entreprise est née d’une Joint Venture Sociale portée en partie par Danone. Pour eux, c’était aussi le moyen de capter le recyclage de bouteilles plastique.

Nous tenons à dire grand merci à Le plus important pour son invitation qui nous a permis de communiquer sur l’économie circulaire et notre modèle. Pour regarder le webinar dans son intégralité, rendez-vous ici

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